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Un etranger qui vient en Inde acquiert la patience s'il n'en a pas et la perd s'il en a. (Proverbe indien)
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Les Pousseurs

Antoine | 2 March 2011

On les croise souvent dans la rue, courbes osseuses poussant une carriole en bois perchée sur quatre roues de vélo.

Au dessus du plateau, selon la saison et l’endroit, des mangues jaunes presque brunes ou des pommes roses bonbon, entassées la nuit, s’érigent en pyramides parfaites pendant la journée.
Parfois ce sont des plantes vert bouteille desquelles émergent les petits boutons rouge des roses qui s’éveillent.

Un vieux vient de temps à autres vendre en bas de la maison des légumes improbables, telles ces carottes biscornues que la belle mère de Blanche Neige n’aurait pas renié.
Il offre, contre quelques pièces, des choux blancs, des courges oranges et vertes, des dizaines d’oignons violets, un petit tas de gingembre couleur terre, et dans un sac placé sur le coté, une réserve rouge vif de piments.
En dessous de la carriole, protégées du soleil, sont allongées les herbes dont les Indiens sont si friands;  bottes de menthe douce, coriandre poivrée, basilic dur et craquant, et oignons nouveaux perdus au bout de longues herbes vertes.
Il vient discuter avec les femmes du quartier, qui accourent au son de sa voix éraillée de crieur vieillissant.
Ses mains sont calleuses et propres, et ses gestes économes.

Certains jour la marchandise est une montagne d’ustensiles en plastique, de la petite boite aux chaises perchées en l’équilibre au somment du pic.
Chaque chaos fait craindre le pire, chaque embardée illustre la maestria du jongleur de rue.

Et puis le soir, à la lumière des phares et dans la poussière des voitures, ils poussent leur carriole dans les montées rudes des rues bangalories.
Sisyphe quotidiens, on les retrouvera le lendemain matin… peut-être.

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bangalore, carrier, fruit, Inde, india, legumes

Le ferronnier

Antoine | 23 February 2011

Si vous cherchez un ferronnier a Bangalore, nul besoin de s’aventurer dans de petites rues poussiéreuses et sombres.
Prenez une grande route, ITPL pour ceux qui connaissent.
Perchés sur un trottoir surélevé, sous un arbre qui les abrite des rayons du soleil, cherchez deux hommes accroupis et plongés dans leur tache.

Celui de droite est assis comme le sont beaucoup d’Indiens que l’on croise dans la rue: la jambe droite recroquevillée sert de siège et la gauche repliée de balancier pour ne pas perdre l’équilibre. Il a le regard perdu et tourne lentement et sans relâche un ventilateur à main qui ressemble à un escargot de cuivre.
De celui ci sort un tuyaux qui entre un peu plus loin dans un monticule de terre sèche au dessus duquel est posé une guirlande de fleurs orange safran. On aperçoit brièvement les braises à l’intérieur du four rougeoyer au rythme régulier des pulsations de l’air entrant.
A gauche, plus en hauteur et un peu plus confortablement assis sur un morceau de bois, le ferronnier frappe de son marteau une longue tige de métal. Il porte des vêtements plus propre que son acolyte, et parait concentré sur son labeur.
Tous deux travaillent de concert mais avec des partitions distinctes qui semblent ne jamais chercher à se rencontrer.
Inégaux partout.

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bangalore, ferronnier, Inde, ITPL, Societe

Chute des investissements étrangers en Inde

Antoine | 14 February 2011

Ces derniers jours, de nombreux journaux se sont fait l’écho d’une chute historique des investissements étrangers en Inde.

La Reserve Bank of India (RBI) a indiqué que durant la période Janvier- Septembre 2010, les investissements se sont élevés à près de 16 milliards de dollars US contre 21.4 milliards USD l’année précédente.

Les pays les plus investisseurs sont l’Ile Maurice, Singapour, les États Unis, la Hollande, Chypre, le Japon, l’Allemagne et la France.
Les secteurs en pointe  sont les  services (financiers et non financiers), les logiciels et ordinateurs, les télécommunications, le secteur de la construction, des énergies et de l’automobile.
Il est intéressant de voir que cette chute est encore plus importante si on la compare avec les investissements globaux dans les pays en voie de développement; ceux ci ont augmenté de 478 milliards USD a 524 milliards USD.

Alors quelles raisons à cela, et comment cela s’illustre t il à Bangalore?
Les sociétés ont quatre type de problèmes, et j’en ai la confirmation tous les jours. Il s’agit de la piètre qualité des infrastructures, des problèmes environnementaux et de la difficulté d’acquérir des terres.
Tout cela a comme conséquences un manque de place et une impossibilité de se développer.
Quand on voit les étendues désertiques autour de Bangalore et les nombreuses friches dans la ville, cela parait peu croyable, mais c’est bien le cas.
Deux exemples en ce moment, Infosys et IBM.
Tous deux sont les fleurons de Bangalore. Le patron d’IBM, Sam Palmisano, est venu hier et la route de l’aéroport a tout bonnement été fermée pour lui permettre de se déplacer rapidement.
IBM, qui possède  déjà 6 immeubles à Bangalore, aurait besoin de s’étendre encore… et les rumeurs disent aujourd’hui qu’il leur est impossible de le faire pour des questions de disponibilité de bureaux.
Infosys qui a un campus gigantesque ici, a aussi menace de partir de Bangalore et de se diriger vers Hyderabad, ville dont l’infrastructure est meilleure.
Il faut se rappeler qu’outre une corruption dont tous les journaux se font écho, Bangalore a plus que doublé de volume en moins de dix ans et que la demande en énergie suit une courbe vertigineuse qui entraine des coupures quotidiennes.
Les routes sont mauvaises (malgré, il faut le dire, de nombreux efforts depuis trois ans) et les salaires s’envolent.
Ajoutez a cela une inflation galopante (le prix du litre d’essence et du kilo d’oignons qui sont utilises comme mesures se sont envole à près d’un euro), et vous aurez un tableau de ce qui se passe ici…

Alors combien de temps l’Inde va pouvoir rester un leader de la délocalisation?

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bangalore, delocalisation, IBM, Inde, india, Infosys, investissement

La photo du vendredi

Antoine | 11 February 2011

Pour finir la semaine, voila une bien jolie photo d’un weekend passé au bord de la rivière Cauvery, escapade dont je vous parlerai bientôt.
En attendant l’article de lundi sur un sujet économique phare en Inde, je vous souhaite un bon weekend !

Antoine

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bangalore, cauvery, Cauvery fishing camp, fishing, Inde, weekend

A cup of (Darjeeling) tea !

Antoine | 22 September 2009

Dans un petit mois, l’Inde va célébrer sa plus importante de ses fêtes, Diwali.
Nous partons pour quatre jours à Darjeeling…. Les billets sont pris et l’organisation commence à se mettre en place.

Darjeeling1

Déjà les noms de Tiger Hill, Dhirdham Temple ou Bhuttia Busty Gompa s’agitent dans nos têtes.
Comme dans bien des cas ici, le voyage en lui même est déjà une aventure.
Avion Bangalore-Calcutta, puis un autre entre cette dernière et Bagdogra, pour atterrir sur un aéroport militaire dans les montagnes.
Puis nous prendrons une voiture pour 90km sur une – parait-il – très mauvaise route pour enfin arriver à Darjeeling.

Treks, visites de monastères et de plantations de thé au programme, et si l’on est courageux, un beau lever de soleil sur l’Himalaya !

Rappelez-vous, j’avais été l’année dernière à Munnar dans  les plantations de thé du Kerala et j’en avais parlé ici.

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Darjeeling
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Darjeeling, Inde, thé

Un Normand sur Hutchins road

Antoine | 3 September 2009

La semaine dernière j’ai eu une révélation: les Normands sont arrivés jusqu’en Inde.
Et leurs gènes perdurent.
Ne vous méprennez pas, amis lecteurs, j’ai une passion sans borne pour la (Haute) Normandie, ne voyez là aucune moquerie, juste une nouvelle expérience dans mon pays d’adoption.

Samedi matin, j’ai du changer mes bombonnes de gaz.
Rien de plus facile me direz vous? Hé bien non, pas en Inde.
Ou plutôt si, à la condition d’être citoyen indien, et de posséder une carte de rationnement, vestige incongru d’un Etat socialiste qui a perduré jusque dans les années 90.
L’autre option, c’est de se débrouiller.
Je suis donc allé dans la rue à coté de chez moi, sur Hutchins road, chez le vendeur d’eau (j’aurais pu aller chez le marchand de poulet ou celui qui vend des légumes, mais je me suis dit que l’eau et le gaz, j’imagine que vous comprendrez, ont une connection plus forte qu’avec les cucurbitacés ou les galinacés.)
Après lui avoir raconté mon problème, il m’a indiqué l’échoppe d’à coté, celle de son frère, vendeur de Chai de son état.
On rappellera que le chai est la boisson nationale de l’Inde, et qu’elle consiste en un thé au lait et aux épices.

Imaginez-vous la scène. Une petite rue, des trottoirs défoncés et devant vous une boutique d’environ trois mètres de large.
Le comptoir est sur une marche, et fait un mètre cinquante de haut. Au dessus de celui ci une vingtaine de boites de plastiques fermées de couvercles rouges renferment des gateaux aux couleurs et aspects improbables.
Il n’y a donc pas moyen de voir l’arrière boutique où cette homme d’une cinquantaine d’années, longue moustache et cheveux poivre et sel a établi son royaume.
A droite des boites se situe une trouée.
On devine par la fumée qui s’échappe de derrière que c’est la place du Chai. Et en effet, contre trois roupies, on a le droit à un verre brulant d’un liquide de couleur café au lait et au gout sucré et épicé.
Un bonheur.

Mais pour en avoir un, il faut demander, poser la monnaie et attendre.
Quelque fois un passant vient discuter en kannada (la langue de l’état du Karnataka dans lequel se situe Bangalore), ou quelques fois en Hindi. Le vendeur de Chai parle, glousse, crache parfois, puis semble vous avoir oublié.
Quelques minutes plus tard, le voila qui verse d’un geste ample le chai dans le verre et le pose doucement devant vous.
Il faut prendre le verre par le haut, qu’il soit en verre ou en plastique, tant le liquide est brulant.

Maintenant qu’on a le verre de Chai dans les mains, et une contenance, il va falloir lui poser la question du gaz.
Première tentative, il parait avoir tout compris, mais s’éloigne doucement dans le fond de la boutique… pour revenir débonnairement servir un autre client quelques instants plus tard.
Et il m’a oublié.

Deuxième tentative.
Cette fois ci, il me demande la marque de mon fournisseur de gaz (pratique quand mes bouteilles sont complètement rouillées) et leur poids.
Je lui dit que je n’en sais rien.
Il repart dans le fonds de la boutique.
Mon premier verre de Chai est fini, j’en commande un nouveau.
Tout d’un coup je crois me souvenir que mes bouteilles viennent de Elf et lui dit. Il me regarde, opine, et va servir un autre client en marmonnant dans sa moustache.

Troisième tentative.
Je repose la question, et il me répond que peut être j’en trouverai en haut de la rue, mais peut être pas… ptet ben qu’oui, ptete bein qu’non…

J’ai décidé d’en rester là et de faire appel aux gens du bureau. La situation s’est débloquée en 20mn.
Mais je ne regrette rien.
Le chai était délicieux.
Et l’Inde est un pays extraordinaire.

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A la maison, Gastronomie(s), Incredible India
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bangalore, chai, gaz, Inde, rencontre

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Many people - and I think I am one of them - are more productive when they've had a little to drink. I find if I drink two or three brandies, I'm far better able to write.
David Ogilvy

Edito

Depuis août 2007 à Bangalore, dans le sud de l'Inde, je réalise deux rêves : découvrir l'Inde et écrire.
Quotidiennement ou presque, je vous rapporte ici ce qu'il m'est donné de voir, de capter et d'apprendre sur et de ce fascinant pays.
Je vais tacher de vous faire sentir cette Inde incroyable, rude parfois, mais chaque jour plus attachante... et espère que vous comprendrez pourquoi, les six mois de détachement chez Ogilvy & Mather Bangalore se sont transformés en un an, puis un an et demi, et qui sait?

Alors bonne lecture et surtout laissez moi des commentaires, c'est un bonheur toujours renouvelé que de voir vos réactions !

A bientôt

Antoine Heftler-Louiche
antoinehl (arobase) gmail (point) com

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